Bergson à toute heure : La première édition critique desoeuvres du penseur du temps s’achève par les «Ecrits philosophiques»
Par Robert Maggiori
- Henri Bergson, Ecrits philosophiques, Edition critique réalisée par Arnaud Bouaniche, Elie During, Arnaud François, Frédéric Fruteau de Laclos, Frédéric Keck, Claire Marin, Camille Riquier, Guillaume SibertinBlanc, Ghislain Waterlot et Frédéric Worms, PUF, 1032 pp., 25 €.
- Collectif, Lire Bergson, Sous la direction de Frédéric Worms et Camille Riquier, PUF, 200 pp., 13 €.
Peut-être est-ce Bergson, ou Jankélévitch parlant de son maître, qui a suggéré que tout grand philosophe n’a en fait qu’une seule chose à dire, une chose que toute sa vie il enveloppe, explique, décline, peaufine, corrige, développe.On se demande quelle serait cette «chose» pour Henri Bergson luimême. Ira-t-on la chercher du côté de sa conception de la liberté, qui pose que «nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité entière, quand ils l’expriment, quand ils ont avec elle cette indéfinissable ressemblance qu’on trouve parfois entre l’oeuvre et l’artiste » ? Du côté de la différence entre mémoire-habitude etmémoire-souvenir, l’unemémoire du corps, faite d’automatismes acquis, qui adapte nos réactions aumilieu, l’autre pure représentation du passé, qui s’abstrait de l’action présente?De la distinction entre le clos et l’ouvert ? Entre sociétés fermées (où la morale est celle de l’obligation, garantissant la solidité du groupe, et la religion celle des rites, des superstitions ou des mythes protecteurs) et sociétés ouvertes (où lamorale, absolue, fait agir dans l’intérêt de l’humanité entière, où la religion,mystique, insère l’homme dans le dynamisme créateur de la vie)? Sans doute des spécialistes citeraient-ils la notion d’intuition, l’élan vital, la différence entre intelligence et instinct («Il y a des choses que l’intelligence seule est capable de chercher, mais que, par elle-même, elle ne trouvera jamais. Ces choses, l’instinct seul les trouverait; mais il ne les cherchera jamais»). Si l’on voulait circonscrire ce qu’on ne trouve que «chez» Bergson, et qui définit sa singularité, on ne pourrait pas, cependant, ne pas reprendre cette proposition par laquelle le philosophe, pressé par ses auditeurs du Collège de France, résuma un jour sa pensée: «J’ai dit que le temps n’était pas de l’espace.»
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