avril 29, 2012
Délier la langue : Les derniers cours du linguiste et polyglotte Emile Benveniste

Par Robert Maggiori

  • Emile Benveniste, Dernières Leçons. Collège de France (1968 et 1969). Edition établie par JeanClaude Coquet et Irène Fenoglio, préface de Julia Kristeva, postface de Tzvetan Todorov, annexe biographique deGeorges Renard. Ehess/Gallimard/Seuil, 214pp., 19,50€.

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mars 25, 2012
Jours Ferrier à Fukushima

Claire Devarrieux | Libération | 22.03.2012

  • Michaël Ferrier, Fukushima. Récit d’un désastre, « L’infini » Gallimard, 264pp., 18,50€.

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mars 3, 2011
Bergson à toute heure : La première édition critique desoeuvres du penseur du temps s’achève par les «Ecrits philosophiques»

Par Robert Maggiori

  • Henri Bergson, Ecrits philosophiques, Edition critique réalisée par Arnaud Bouaniche, Elie During, Arnaud François, Frédéric Fruteau de Laclos, Frédéric Keck, Claire Marin, Camille Riquier, Guillaume SibertinBlanc, Ghislain Waterlot et Frédéric Worms, PUF, 1032 pp., 25 €.
  • Collectif, Lire Bergson, Sous la direction de Frédéric Worms et Camille Riquier, PUF, 200 pp., 13 €.

Peut-être est-ce Bergson, ou Jankélévitch parlant de son maître, qui a suggéré que tout grand philosophe n’a en fait qu’une seule chose à dire, une chose que toute sa vie il enveloppe, explique, décline, peaufine, corrige, développe.On se demande quelle serait cette «chose» pour Henri Bergson luimême. Ira-t-on la chercher du côté de sa conception de la liberté, qui pose que «nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité entière, quand ils l’expriment, quand ils ont avec elle cette indéfinissable ressemblance qu’on trouve parfois entre l’oeuvre et l’artiste » ? Du côté de la différence entre mémoire-habitude etmémoire-souvenir, l’unemémoire du corps, faite d’automatismes acquis, qui adapte nos réactions aumilieu, l’autre pure représentation du passé, qui s’abstrait de l’action présente?De la distinction entre le clos et l’ouvert ? Entre sociétés fermées (où la morale est celle de l’obligation, garantissant la solidité du groupe, et la religion celle des rites, des superstitions ou des mythes protecteurs) et sociétés ouvertes (où lamorale, absolue, fait agir dans l’intérêt de l’humanité entière, où la religion,mystique, insère l’homme dans le dynamisme créateur de la vie)? Sans doute des spécialistes citeraient-ils la notion d’intuition, l’élan vital, la différence entre intelligence et instinct («Il y a des choses que l’intelligence seule est capable de chercher, mais que, par elle-même, elle ne trouvera jamais. Ces choses, l’instinct seul les trouverait; mais il ne les cherchera jamais»). Si l’on voulait circonscrire ce qu’on ne trouve que «chez» Bergson, et qui définit sa singularité, on ne pourrait pas, cependant, ne pas reprendre cette proposition par laquelle le philosophe, pressé par ses auditeurs du Collège de France, résuma un jour sa pensée: «J’ai dit que le temps n’était pas de l’espace.»

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février 25, 2011
L’Art nouveau de la guerre : Les rêves dévastateurs de la Belle Epoque révélés par l’historien Emilio Gentile

Par Dominique Kalifa

  • Emilio Gentile, L’Apocalypse de la modernité. La Grande Guerre et l’homme nouveau. traduit de l’italien par Stéphanie Lanfranchi, Aubier, 416pp., 26€.

«Le XXe siècle verra selon toute probabilité la fin des guerres», écrit en 1900 le célèbre patron de presse américain William Hearst. On pouvait difficilement se tromper davantage.Mais la phrase exprime assez bien cet intense sentiment demodernité triomphante qui caractérise l’entrée dans le nouveau siècle. Vingt ans plus tard, le constat est tout autre: l’énormité d’une guerre qui a fait plus de dixmillions de victimes, les ruines, la dévastation, des dégâts politiques et moraux irréparables, tout signale leDéclin de l’Occident (c’est le titre du livre que publieOswald Spengler en avril 1918), voire les Derniers Jours de l’humanité (selon Karl Kraus en 1922). C’est lemouvement de ces vingt années tourmentées qu’Emilio Gentile a entrepris de relire, en prêtant surtout attention au discours des artistes, des peintres, des poètes, des philosophes, et à leurs visions du monde. Il y défend l’idée suivante: ce naufrage d’une civilisation avait été prévu, anticipé, désiré même, par une Belle Epoque minée de cauchemars et de prophéties apocalyptiques.

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février 17, 2011
Photomaton, le tête à tête

Par Brigitte Ollier

  • Raynal Pellicer, La révolution du photomaton, Editions de la Martinière, 288 pp., 35 euros.

Personne n’aurait imaginé, en 1925, année où il l’a brevetée, que l’invention d’Anatol Marco Josepho (1894-1980) dépasserait le XXIe siècle et écraserait ses rivales, les Bosco et autres procédés automatiques. C’est fait. Mieux, le Photomaton (photobooth en anglais), résistant au numérique, n’en finit pas d’agréger un nouveau public, fasciné par cette boîte noire où il est possible de se reproduire illico incognito, sans opérateur. Un tour de prestidigitation instantané, c’est la révolution du Photomaton, l’ancêtre brut du Polaroid, désormais inscrit dans l’esthétique de la photographie.

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février 11, 2011
Le feuilleton - vérité de Michel Foucault : En 1970, au Collège de France, le philosophe débute son enquête sur «la volonté de savoir»

Par Eric Aeschimann

  • Michel Foucault, Leçons sur la volonté de savoir.Cours auCollège de France (1970-1971), GallimardSeuil, 278pp., 23€.
  • Cahiers de l’Herne, Foucault, Editions de l’Herne, 415pp., 39€.

Une quête obsédante, où plane une sourde inquiétude, une traque aux savoirs qui réglementent, une plongée dans les entrailles du Vrai. Ou encore: un feuilleton en 13 saisons, tout en ralentis et en accélérations, en trouvailles et en impasses… Voilà ce qu’aura été le cours de Michel Foucault au Collège de France de 1970 à 1984 sous l’intitulé global «Histoire des systèmes de pensée», et dont la publication, commencée en 1997, se poursuit à un rythme régulier. Il y a deux ans sortait le Courage de la vérité, son ultime cours, où, quelquesmois avant samort, le philosophe célébrait dans une langue somptueuse et tendue la parresia (le «parler-vrai»), c’està- dire la vérité qui fait scandale et qui nous appelle à la «vraie vie» – c’était l’époque où il rêvait de quitter sa prestigieuse chaire pour devenir, par exemple, journaliste. Cette année, en miroir, est publiée la saison 1, où le tout nouvel élu au Collège de France pose les premiers jalons de son enquête et commence par une autre vérité : celle qu’il faut commencer par balayer devant sa porte.

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février 11, 2011
Michel-Ange, peintre en lettres : La nature tourmentée de l’artiste italien à travers une vie de correspondance

Par Robert Maggiori

  • Michel-Ange, Correspondance-Carteggio, présentation, traduction et notes d’Adelin Charles Fiorato, texte critique italien de Giovanni Poggi, Paola Barocchi et Renzo Ristori. Edition bilingue, 2 volumes, les Belles Lettres, 262 et 276pp., 75€.

Il aimait un fromage particulier, de lait de vache et de brebismêlés, typique de la région desMarches: la casciotta. De Casteldurante, Cornelia lui en envoyait aussi souvent que possible, avec quelques prosciutti. C’était la veuve du peintre et graveur Francesco Amatori, dit «Urbino». Michel-Ange avait de l’affection pour eux. Il était le parrain, puis sera le tuteur de leurs enfants. D’Urbino, il appréciait le talent: il lui commissionnera les éléments ornementaux dumausolée du pape Jules II, et le voudra à ses côtés pour la fresque du Jugement dernier. La lettre qu’il écrit à Giorgio Vasari le 23 février 1556, pour lui annoncer lamort de son collaborateur et ami, est l’une des plus émouvantesde sa Correspondance. «Plus encore que demourir, il était navré deme laisser vivant en ce monde infâme avec tous mes tourments, même si la plus grande part demoi-même s’en est allée avec lui, et s’il neme reste rien d’autre qu’unemisère infinie.»

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février 3, 2011
Folisophies : Maladies intellectuelles et délires schizophréniques sous l’œil de l’Américain Sass

Par Robert Maggiori

  • Louis A. Sass, Les Paradoxes du délire, traduit de l’anglais (Etats­Unis) par Pierre­Henri Castel, Ithaque, 208pp., 24€.

On le dit parfois: il y a quelque folie dans la philosophie, et certes de la philosophie dans la folie. Veut-on rappeler par là que la vérité, visée de la philosophie, sort parfois de la bouche des fous (et des enfants), et que le philosophe s’aventure souvent en des régions de l’esprit qu’habite sans le vouloir celui qui est censé en être dépourvu?Dans l’Eloge de la folie d’Erasme, l’héroïne Stultitia – «une sage idiote qui prouve l’idiotie du sage» – va même jusqu’à superposer les deux figures en parlant de «folisophes». Mais peut-on vraiment rapprocher fou et philosophe, si le premier est celui qui a perdu la raison, et le second celui qui l’incarne ? Ce qui est sûr, c’est que l’un des plus grands penseurs du XXe siècle, Ludwig Wittgenstein, n’a guère hésité, lui, à établir le parallèle, enmontrant que bien des tendances pathologiques de l’esprit, dont il fait le diagnostic lorsqu’il analyse ce qu’il désigne comme «maladies intellectuelles » ou illusions philosophiques, s’avèrent correspondre aux expériences vécues de patients atteints de troubles psychotiques. Simple métaphore, a-t-on dit – et, de fait, personne n’a vraiment pris au serieux le propos du philosophe.

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janvier 14, 2011
Aux armes, théoriciens! Pierre Bouretz exhibe un pan de la philosophie contemporaine en examinant la guerre de quinze ans entre Jacques Derrida, Jürgen Habermas et John Searle

Par ROBERT MAGGIORI

  • Pierre Bouretz, D’un ton guerrier en philosophie.Habermas, Derrida & co., Gallimard, 582pp., 25€.

Affirmer que Jacques Derrida ne fait pas partie des «philosophes amis de l’argumentation» n’est pas gentil: c’est reprocher à un maçon de ne pas savoir manier la truelle. Mais l’accuser d’avoir «un penchant affligeant à dire des choses qui sont manifestement fausses» est carrément méchant. Il est vrai que les philosophes ont l’habitude de polémiquer et de se lancer des piques au vitriol. Mais, de même qu’il est des batailles illustrant mieux que d’autres l’art de la guerre, il est des guerres théoriques qui traduisentmieux que d’autres l’état de la philosophie, sa santé et ses pathologies, «son histoire, ses territoires et lesmanières de la pratiquer». C’est le cas de la «guerre de quinze ans» entre Jacques Derrida et Jürgen Habermas, «qui déchira l’Europe philosophique à la fin du siècle dernier», et dont les premiers feux furent allumés en Californie, par l’affrontement cinglant qui à partir de 1977 opposa Derrida et John Searle. D’un ton guerrier en philosophie, de Pierre Bouretz, est la chronique de ce conflit – qui laisse voir en coupe les principaux enjeux de la pensée contemporaine.

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janvier 7, 2011
Les médias analogiques ont engendré un nouveau populisme

Par BERNARD STIEGLER Philosophe

Le populisme est un penchant constitutif de la démocratie. Seule une critique constante de la démocratie par elle-même peut le contenir. Lorsque la démocratie perd cette capacité à se critiquer elle-même, elle file un très mauvais coton où elle se décompose, qui la dénature, et qui tient à sa fragilité essentielle. C’est pourquoi les adversaires de la démocratie posent que le populisme, loin de dénaturer la démocratie, en révèle la véritable nature.Ainsi de Socrate et de Platon.

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janvier 7, 2011
Non, le peuple n’est pas une masse brutale et ignorante

Par JACQUES RANCIÈRE Philosophe

Il ne se passe pas de jour où l’on n’entende dénoncer les risques du populisme. Il n’est pas pour autant facile de saisir ce que le mot désigne. Qu’est-ce qu’un populiste ? A travers tous les flottements du mot, le discours dominant semble le caractériser par trois raits essentiels : un style d’interlocu-ion qui s’adresse directement au peuple par-delà ses représentants et ses notables ; l’affirmation que gouvernements et élites dirigeantes se soucient de leurs propres intérêts plus que de lahose publique; une rhétorique identiaire qui exprime la crainte et le rejet des étrangers.

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janvier 7, 2011
L’islamophobie est à la source du nouveau populisme de droite

Par ENZO TRAVERSO Philosophe

Les mutations connues par l’extrême droite en ce début du XXIe siècle – en gros, depuis la chute dumur de Berlin – bouleversent nos catégories analytiques traditionnelles, souvent inadaptées face à un phénomène nouveau. Le premier lieu commun à réviser est celui qui identifie l’extrême droite au fascisme. Ce dernier en fut lamatrice partagée pendant des décennies – au moins jusqu’à la fin des années 1980 –, mais cela est beaucoup moins évident aujourd’hui. Il reste une référence incontestable pour plusieurs mouvements nationalistes apparus en Europe centrale et orientale après la dissolution de l’Empire soviétique. Renouant avec une histoire interrompue en 1945, ils prônent un anticommunisme radical hérité des nationalismes d’avant-guerre et alimenté par quatre décennies de socialisme réel. Tantôt ils revendiquent une filiation à l’égard des dictatures des années 1930, comme Jobbik enHongrie, qui reprend l’héritage des Croix-Fléchées et cultive lamémoire du maréchal Horthy; tantôt ils exhument une ancienne mythologie revancharde et expansionniste, comme le Parti de la grande Roumanie ou le Parti croate du droit (HSP), continuateur du mouvement oustachi d’Ante Pavelic.

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décembre 23, 2010
Faites monter l’attention : Pour sortir de la crise et du désespoir, Bernard Stiegler propose de prendre soin du monde

  • Bernard Stiegler, Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. De la pharmacologie, Flammarion, 268pp., 20€.

Même si l’on connaissait bien l’itinéraire de Bernard Stiegler – braquage d’une banque, prison, impérieuse vocation philosophique, encouragée par Jacques Derrida, élaboration d’une oeuvre notable, qui en fait l’un des penseurs les plus pénétrants d’aujourd’hui –, on resterait interloqué par l’assemblage du titre et du sous-titre de son dernier livre. Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue laisse supposer une réflexion existentielle, peut-être morale, à laquelle personne ne peut se sentir étranger. De la pharmacologie évoque nécessairement quelque chose de médical, de pharmaceutique. Si bien que, sommant les deux, on songe, naïf, à l’un de ces ouvrages «pratiques»qui, sur lemode de l’ordonnance, conseillent les médicaments, les drogues, les vitamines, les régimes, les panacées, les exercices par lesquels «on retrouve la forme», une santé psychique et physique tellement pétante qu’elle ferait s’exclamer : «Ah, la vie vaut vraiment la peine d’être vécue !» Mais on se ravise aussitôt – Stiegler semblant improbable comme organisateur de séjours «Vitalité&Détente» – en jetant un coup d’oeil sur la table des matières : «Pharmacologie de l’esprit», «Pharmacologie du nihilisme», «Pharmacologie du capital», «Pharmacologie de la question». Il faut dès lors préciser ce que le philosophe entend par pharmakon: «Le pharmakon, c’est à la fois ce qui permet de prendre soin, et ce dont il faut prendre soin – au sens où il faut y faire attention: c’est une puissance curative dans la mesure et la démesure où c’est une puissance destructrice.» De quoi doit-on prendre soin, en faisant attention à ce que les bienfaits du pharmakon ne soient pas annihilés et surmontés par ses effets toxiques ?

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décembre 17, 2010
Ce que mit Barthes à bas : Les «Mythologies» avec l’iconographie qui inspira le sémiologue

  • Roland Barthes, Mythologies, Edition de Jacqueline Guittard, Seuil, 256pp., 39€.

Roland Barthes est un type qui rendait les gens intelligents, il y a longtemps. Par exemple, au sortir de l’adolescence, on lisait les Fragments d’un discours amoureux (1977) et l’on se rendait compte que le désir et ses ratages étaient choses mentales. Non pas que l’amour n’existait pas, au contraire. Simplement qu’il avait toujours le visage de nos lectures ou de nos soirées au cinoche. Au rayon de ces manuels de décryptage de la vie, Mythologies (1957) tenait une grande place. On y apprenait pourquoi la lessive d’aprèsguerre nettoyait en «profondeur ». Aujourd’hui on parle plutôt de «coeur du linge», mais le vocabulaire de l’intériorité demeure. «Dire qu’Omo nettoie en profondeur […], c’est supposer que le linge est profond, ce qu’on n’avait jamais pensé, et ce qui est incontestablement le magnifier, l’établir comme un objet flatteur à ces obscures poussées d’enveloppement et de caresse qui sont dans tout corps humain.»

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décembre 17, 2010
Superproduction italienne : Paul Veyne met en scène son «musée imaginaire»

  • Paul Veyne, Mon musée imaginaire, AlbinMichel, 496pp., 38€.

Paul Veyne, honorable professeur honoraire au Collège de France, est un des plus grands historiens de l’antiquité romaine. Sa vision en cow-boy ne va donc pas de soi. C’est pourtant lui qui nous invite à cette jolie stupeur lorsque dans le prologue à son Musée imaginaire, il convoque la figure, à ses yeux déssillante, de Malraux et de ses «rodéos »dans l’histoire de l’art.Autrement dit, cinq siècles de peinture italienne (de Giotto à Tiepolo), «une épidémie de génie » qui se répand du XIVe au XIXe siècle, chevauchés sinon domptés par un cavalier inspiré. Cette anthologie en effet est une cavalcade et son cavalier éclectique, un sacré cavaleur.

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